Aller au contenu principal
Illustration montrant un dirigeant en costume posant sa main sur un globe terrestre, symbolisant le contrôle de la finance mondiale. En arrière-plan apparaissent des gratte-ciel, Wall Street, des bâtiments gouvernementaux et les logos de grandes multinationales. Le titre principal indique : « BlackRock : l’entreprise qui possède le monde sans que personne ne l’ait élue ».

BlackRock : l'entreprise qui possède le monde sans que personne ne l'ait élue

Lorsqu'on demande aux citoyens qui gouverne l'économie mondiale, les réponses reviennent souvent.

Les États-Unis.

La Chine.

L'Union européenne.

Parfois les banques.

Parfois les multinationales.

Rarement BlackRock.

Pourtant, cette entreprise gère aujourd'hui davantage d'actifs que le PIB de presque toutes les nations de la planète.

Elle n'a pas d'armée.

Elle n'a pas de drapeau.

Elle ne siège pas à l'ONU.

Elle ne présente aucun candidat aux élections.

Et pourtant, elle exerce une influence considérable sur l'économie mondiale.

Bienvenue dans l'univers des nouveaux empires financiers.

Une entreprise née dans l'ombre de Wall Street

BlackRock voit le jour en 1988.

À l'époque, il ne s'agit que d'une société spécialisée dans la gestion des risques financiers.

Son fondateur, Larry Fink, a une idée simple :

les investisseurs institutionnels ont besoin d'outils capables d'analyser les marchés de manière plus sophistiquée.

L'entreprise grandit rapidement.

Très rapidement même.

Au fil des décennies, elle absorbe des concurrents, attire les fonds de pension, les compagnies d'assurance, les banques et les États.

Aujourd'hui, BlackRock gère plusieurs milliers de milliards de dollars d'actifs.

Une somme si gigantesque qu'elle devient presque impossible à visualiser.

À cette échelle, on ne parle plus d'entreprise.

On parle d'écosystème.

Posséder sans posséder

La puissance de BlackRock est particulière.

L'entreprise ne possède pas directement la plupart des actifs qu'elle gère.

L'argent appartient officiellement à ses clients :

fonds de pension ;

assurances ;

banques ;

institutions publiques ;

épargnants.

Mais BlackRock décide où cet argent est investi.

La nuance paraît technique.

Elle est fondamentale.

Car celui qui contrôle les investissements contrôle souvent davantage que celui qui détient juridiquement les actifs.

L'actionnaire universel

Le résultat est stupéfiant.

BlackRock est présent dans :

Apple ;

Microsoft ;

Google ;

Amazon ;

Meta ;

ExxonMobil ;

TotalEnergies ;

Pfizer ;

Boeing ;

Airbus ;

Nestlé ;

Coca-Cola.

Et la liste continue pratiquement à l'infini.

Dans de nombreux cas, BlackRock figure parmi les principaux actionnaires.

Parfois avec Vanguard.

Parfois avec State Street.

Toujours les mêmes noms.

Toujours les mêmes géants.

Le phénomène est devenu si vaste que certains économistes parlent désormais d'« actionnariat universel ».

Une poignée de gestionnaires possède des participations dans une immense partie de l'économie mondiale.

Quand les concurrents ont les mêmes propriétaires

Voici un paradoxe fascinant.

Nous vivons théoriquement dans un système fondé sur la concurrence.

Pourtant, les principaux actionnaires de nombreuses entreprises concurrentes sont souvent les mêmes.

Les géants financiers détiennent des parts :

des compagnies aériennes concurrentes ;

des banques concurrentes ;

des laboratoires pharmaceutiques concurrents ;

des entreprises technologiques concurrentes.

Cette situation soulève une question rarement débattue :

jusqu'où la concurrence reste-t-elle réelle lorsque les propriétaires sont identiques ?

Les autorités de régulation commencent seulement à s'intéresser sérieusement à cette question.

Aladdin : l'arme secrète

Le véritable cœur du pouvoir de BlackRock n'est peut-être même pas son argent.

C'est son logiciel.

Son nom : Aladdin.

Derrière ce nom qui évoque davantage un dessin animé qu'un système financier se cache l'un des outils les plus puissants du monde.

Aladdin analyse :

les marchés ;

les risques ;

les portefeuilles ;

les obligations ;

les actions ;

les dettes publiques.

Le système traite des volumes de données colossaux.

Des banques centrales, des gouvernements, des fonds souverains et des institutions financières utilisent ses analyses.

Autrement dit :

une partie du système financier mondial regarde les marchés à travers les mêmes lunettes.

Et ces lunettes appartiennent à BlackRock.

Les crises comme accélérateur

Chaque grande crise a renforcé la position du géant.

Crise financière de 2008.

Crise de la dette européenne.

Pandémie de Covid-19.

Dans plusieurs cas, les autorités publiques ont sollicité BlackRock pour les conseiller.

Le phénomène est remarquable.

L'entreprise participe au système.

Puis conseille parfois ceux qui doivent réguler ce système.

Le joueur aide à écrire les règles du jeu.

Et tout cela demeure parfaitement légal.

Larry Fink, le banquier qui parle aux chefs d'État

Chaque année, la lettre adressée par Larry Fink aux dirigeants d'entreprises est analysée comme un discours présidentiel.

Lorsqu'il parle :

les marchés écoutent ;

les gouvernements observent ;

les multinationales s'adaptent.

Peu de dirigeants politiques disposent d'une audience comparable.

Et pourtant, Larry Fink n'a jamais remporté la moindre élection.

Une influence sans mandat

C'est là que réside le véritable sujet.

BlackRock n'est pas une conspiration.

BlackRock n'est pas un gouvernement secret.

BlackRock est peut-être quelque chose de plus intéressant.

Le produit logique d'un système où la concentration du capital atteint des niveaux historiques.

L'entreprise ne contrôle pas directement les États.

Elle n'en a pas besoin.

Son influence provient de sa position centrale.

Elle se trouve au carrefour :

de l'épargne ;

des retraites ;

des banques ;

des entreprises ;

des marchés ;

des gouvernements.

Elle devient ainsi un acteur incontournable.

Et lorsqu'un acteur devient incontournable, il acquiert une forme de pouvoir.

Même sans mandat.

Même sans uniforme.

Même sans palais présidentiel.

Le pouvoir du XXIe siècle

Pendant longtemps, la puissance reposait sur :

les armées ;

les territoires ;

les ressources naturelles.

Aujourd'hui, une nouvelle forme de pouvoir émerge.

Le contrôle des flux financiers.

BlackRock n'est pas seule.

Vanguard.

State Street.

D'autres géants participent au même mouvement.

Mais leur ascension pose une question fondamentale :

une démocratie peut-elle réellement rester souveraine lorsque des acteurs privés administrent des masses de capitaux supérieures au budget de nombreux États ?

C'est précisément ce que nous explorerons dans le troisième volet.

Car le sujet n'est plus seulement économique.

Il devient politique.

Comment ces géants financiers influencent-ils les décisions publiques sans jamais se présenter devant les électeurs ?

Et surtout :

qui contrôle ceux qui contrôlent le capital ?