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Brûlée vive - Souad - Une autre vie
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Inscrit(e) le: 30 mai 2006
Imprimer Permalien vendredi 13 février 2009 à 17:57  

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Souad à 17 ans, elle est amoureuse.
Dans son village comme dans beaucoup d'autres, l'amour avant le mariage est synonyme de mort.
"Déshonorée", sa famille désigne son beau-frère pour exécuter la sentence.

Enfermée dans la chambre voisine, Souad a entendu la condamnation.
Le lendemain, elle est en train de laver du linge dans la cour de sa maison.
Son beau-frère approche, elle est terrifiée, il l'asperge d'essence, il craque une allumette, elle est brûlée vive.

Aux yeux de tous, cet homme est un héros. C'est ce que l'on appelle un "crime d'honneur". Ce n'est en fait qu'un lâche assassinat.
L'exécutant ne risque rien, il n'est presque jamais poursuivi, encore plus rarement condamné.
Plus de cinq mille cas sont répertoriés chaque année dans le monde, bien d'autres ne sont jamais connus.

Atrocement brûlée, Souad a été sauvé par miracle. Elle a décidé de parler pour toutes celles qui aujourd'hui risquent leur vie.
Pour dire au monde la barbarie de cette pratique.
Elle le fait au péril de sa vie car l'atteinte à "l'honneur" de sa famille est imprescriptible.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Note : 7,5/10

Mais qui sont ces hommes qui parlent "d'honneur" à tout va, utilisant ce mot comme un passe droit pour justifier leurs crimes ?
Qui sont ces hommes qui agissent sans aucun honneur justement ?
Savent-ils seulement ce que ce mot veut dire ?

Je lis très peu de "livre témoignage". Ado j'en ai lu beaucoup, mais ce n'est plus trop "ma tasse de thé".
Celui-ci, a été lu par un grand nombre de personne et l'histoire de Souad a fait beaucoup de bruit.

Pourtant je viens seulement de le lire.
Une PAL plus haute que moi, d'autres livres à lire, d'autres choses à faire.

Et puis une décision, celle de vider un peu cette PAL. En commençant par le fond.
Et je suis tombée sur ce livre que j'avais oublié.

Là encore, je connaissais l'histoire. Comme tout le monde ou presque, j'en avais entendu parler.

Mais lire ce témoignage est vraiment bouleversant.

J'ai beaucoup de mal à imaginer que pour ces femmes, tuer un bébé parce que c'est une fille, c'est tout à fait normal. Que se faire battre tous les jours par son père, son frère, son mari, c'est tout naturel. Qu'il faut raser les murs. Ne pas parler à un garçon. Pas même un regard. Etre une moins que rien, c'est naturelle, elles naissent femmes, donc sans droit. Sauf celui de faire des garçons.

Je suis née dans un pays libre. Je porte les vêtements que je veux. Je vais boire une bière avec des potes si j'en ai envie.
Je sors seule pour aller au ciné si ça me chante. Je marche la tête haute. Je croise le regard des gens.
Je travaille et je parle avec des hommes à longueur de journée. Je sais lire et écrire.
Et tout ceci est naturel pour moi. C'est la vie. C'est ma vie. C'est normal.

Tout comme les coups et la non-existence des femmes le sont pour elles.

Et pourtant je n'arrive pas à l'imaginer !

Si je me trouvais face à cette femme que pourrais-je bien lui dire ?
Que je comprends le calvaire qu'elle a vécu ? Ce serait faux.
Que je sais ce qu'elle a traversé ? Faux.
Que je comprends sa douleur physique ? Faux également.

Je ne pourrais que compatir et avoir pitié. Ce qui n'est pas forcément ce qu'elle aimerait.

Souad a eu une chance folle, dans son malheur, celui de croiser la route d'une femme, Jacqueline, qui s'est battu pour la ramener en Europe et soigner son corps qui n'était plus que plaies et douleurs.

Il lui a fallu une grande force de caractère pour "revivre".
Admettre que ce n'était pas partout comme dans son village.
Que maintenant elle avait le droit de porter des chaussures.
De parler à qui elle le souhaitait.
Apprendre à parler et comprendre une nouvelle langue.
Refaire sa vie. Tomber amoureuse. Faire confiance.

Un terrible chemin de croix.

Et les inévitables rechutes. Comment de toute façon ne pas culpabiliser ? Comment arriver à se retirer de l'esprit des habitudes ancestrales ? Comment ne pas faire de cauchemars ? Comment ne pas pleurer ? Comment ne pas vivre la peur au ventre ?

Toutes ne s'en sortent pas. Beaucoup meurent. Dans l'indifférence de leur famille. De leur village.
Du reste du monde.
Tout ceci nous semble finalement bien loin. On le sait pourtant. Ce n'est pas la première fois.
On sait ces petites filles vendues. On sait ces petites filles excisées. On sait ces femmes lapidées.

On sait tout ça. Personne ne peut prétendre le contraire.

Et si l'horreur, la barbarie étaient sur le pas de notre porte, sur le palier, en face ?



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