Article posté par ΨVieuxcon.
Paru le jeudi 19 février 2009 à 17:13
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Un président en état de siège
Nicolas Sarkozy est pris en étau entre deux crises. Le président joue peut-être son mandat en ces jours décisifs Un article de Sylvain Besson dans le journal le Temps
Nicolas Sarkozy s’attendait à un hiver difficile, mais sans doute pas à ce point. Le voilà pris en étau entre deux crises: la tourmente financière, qui menace la France d’une sévère récession, et les émeutes en Guadeloupe, dans lesquelles certains Français voient le signe avant-coureur des désordres qui pourraient gagner la métropole.
Sur ces deux fronts, le président n’est pas exempt de reproches. Il a tardé à prendre la mesure du conflit aux Antilles, où son long silence et les atermoiements de son gouvernement ont été perçus comme des signes de mépris.
Concernant l’économie, en revanche, il a réagi vite. Mais la succession de plans annoncés en cascade depuis l’automne donne l’impression qu’il court derrière les événements, sans réelle vision. Les 2,6 milliards d’euros d’aides annoncés mercredi ont peu de chances de calmer les mécontentements, dans un pays qui a gardé en travers de la gorge les 360 milliards de prêts et de garanties consentis en octobre pour sauver les banques.
Après vingt-deux mois de pouvoir, l’homme de la «rupture» se retrouve ainsi acculé dans la posture traditionnelle du président français aux abois, plombé par les mauvais sondages, et contraint de multiplier les concessions face aux protestations qui s’accumulent.
Son tournant «social», amorcé le 5 février et confirmé hier, est lourd de dangers. Même si elles sont limitées dans le temps et ciblées sur les plus modestes, les aides annoncées par Nicolas Sarkozy ressemblent fort à ces «coups de pouce» de l’Etat – au salaire minimum, aux retraites, aux allocations diverses – qui ont médiocrement servi la France depuis trente ans.
Le président joue peut-être son mandat en ces jours décisifs. Car ses difficultés actuelles alimentent une critique récurrente ces derniers mois: il a réformé beaucoup, mais pas toujours en profondeur, et l’on cherche encore dans son bilan une action décisive, à même de modifier radicalement le visage de son pays.
Jusqu’à présent, Nicolas Sarkozy balayait ce reproche en assurant qu’il aurait, contrairement à ses prédécesseurs, la ténacité nécessaire pour réformer tout au long de son règne. Il l’a redit hier: «Les réformes doivent continuer.» Le contexte actuel, fait de crise économique et d’impopularité, pourrait lui interdire d’honorer cette promesse.